Au fil de la Forlane

Numéro 2, mars 2024 

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Bonjour !

 

Ce deuxième numéro est consacré à Gabriel Fauré, mais comment l’aborder sans le réduire à son enseignement ou ses fonctions ? Enfant, Il découvrit la musique dans un milieu peu intéressé par cet art. Après avoir quitté Foix, à neuf ans, boursier, il intègre l’école de musique religieuse Niedermeyer : dès lors la musique sera sa vie. Il en sort nanti de trois prix : composition, harmonie, et mélodie.

Très vite, il est impossible de le dissocier de Camille Saint-Saëns, son professeur de piano, de 10 ans son aîné. Il lui fait découvrir les œuvres de Schumann, Liszt et Wagner. Il l’encourage, le fait entrer à la Madeleine en tant qu’organiste et l’introduit dans les salons parisiens.

Leur amitié amène Gabriel Fauré à participer à l’essor d’une nouvelle musique instrumentale française, en participant à la création de la Société nationale de musique, dont il assurera le secrétariat jusqu’en 1874. Avec son élève Maurice Ravel il ira plus loin dans l’avant-gardisme, en fondant la Société musicale indépendante.


La période la plus représentative de son évolution se situe entre 1881 et 1902. Il y développe entre autres Ballade, naissance de l’impressionnisme musical, Prométhée, composition aux couleurs orchestrales éclatantes, et la mélodie lumineuse, la Bonne Chanson. C’est l’histoire de la rencontre entre musique et poésie que nous vous donnons à lire ici.

                                                                                      Elisabeth 

Le saviez-vous ?


Au XIXe la vocalise est un exercice de technique du chant mais aussi une œuvre musicale à part entière. Parmi les plus connues la Vocalise de Rachmaninov ou la Vocalise-étude en forme de habanera de Ravel. Des manuels et des traités d’instruction vocale seront édités par des professeurs de chant : Manuel Garcia, Heinrich Panofka, Amédée-Louis Landely Hettich.

Ce dernier, de retour d’Italie, obtint un poste de professeur de chant au Conservatoire de Paris. Il transforme alors les exercices de vocalise reposant sur une pièce chantée. Sa nouvelle méthode, construite sur près de 30 ans, représente de véritables prestations artistiques grâce au concours de compositeurs tels que Gabriel Fauré, Heitor Villa-Lobos, Maurice Ravel, Olivier Messiaen. Cette méthode totalise plus de 150 vocalises, réparties dans 14 volumes, publiée par l’éditeur Alphonse Leduc : Répertoire Moderne de vocalises-études. Le genre inspire rapidement d'autres compositeurs surtout, en Italie et en Grande- Bretagne.

Gabriel Fauré concevra un Recueil de vocalises, d'exercices avec accompagnement de piano et de dictions lorsqu’il était directeur du Conservatoire de Paris (1905- 1916). Les pièces retrouvées dans les archives à Paris ont été classées partiellement en six thèmes : La beauté, L'envie, La cour, La tendresse, Les regrets et Les souvenirs (Roy Howat et Emily Kilpatrick).

Sources : Anne-Marie Polomé,  "Portrait de compositrice : Mel Bonis (I)Crescendo Magazine, 2021 ; Wikipédia, chronologie de l'oeuvre de Gabriel Fauré 

Portrait
Maria Kondrashkova-Castelli 

 

En l’absence de notre cheffe de chœur Natalia Raykher, nous avons la chance d’être sous la direction de Maria Kondrashkova-Castelli. Lors de nos répétitions du samedi, elles forment souvent un duo riche d’enseignement. Et certains ont eu le plaisir d’aller l’écouter avec Accentus, chœur a cappella dont elle fait partie ou en soliste, lors de ses récitals.

Sa formation musicale débute à Moscou, au Collège de musique Gnessines et du Conservatoire Tchaïkovsky, en tant que chef de chœur. Après l’obtention de ses diplômes, elle vient à Paris, en 2007 pour se perfectionner en art lyrique à l’Ecole Normale de musique Cortot. Elle obtient en 2014 son diplôme de chant baroque décerné par le département de musique ancienne du Conservatoire de Paris.

Parallèlement, en 2010, elle crée et dirige l’ensemble vocal « Chersonèse », spécialisé en musique liturgique russe médiévale et baroque. En 2022, Maria rejoint Izbor pour y développer un répertoire élargi aux chants, classiques et populaires en provenance d’Europe centrale et orientale, pour en savoir plus.

Gabriel Fauré
Maitre de la
mélodie française

Gabriel Fauré est présenté comme le maître de la mélodie française avec Henri Duparc entre les années 1870 et 1897. Fauré conçoit la mélodie comme une lecture musicale du texte littéraire. Dans la recherche d’un parfait équilibre, il privilégie l’intelligibilité et l’expression. A l'analyse, les textes mis en musique ont concouru à former la mémoire et le goût poétique de plusieurs générations.

Il ne s’agit ni vraiment de poésie ni réellement de musique, mais d’une œuvre nouvelle née d'une fusion de ces deux langages. Ce procédé créatif, il le tient de Niedermeyer qui fut le premier à composer une mélodie à partir du texte de Lamartine, Le Lac, en 1825. Dès 14 ans, Gabriel Fauré s’essaie à ce genre avec le recueil de Victor Hugo : Les Chants du crépuscule.

A la fin de ses études, Camille Saint-Saëns lui ouvre son salon où se rencontre la société musicale parisienne. Il l’introduit dans celui de Pauline Viardot où se retrouvent les fondateurs de la Société Nationale de Musique, avec Louis Blanc, Ernest Renan, Charles Gounod, George Sand ou Gustave Flaubert et d’autres. Il fait entendre ses mélodies dans les salons du faubourg Saint-Germain, il les joue au piano et ses amis se chargent de la partie chantée.

Organiste, maître de chapelle, professeur de piano - il envisage un temps une carrière de soliste. Il poursuit la composition de mélodies en revenant à des textes de Victor Hugo. Il butine chez Verlaine : Femmes galantes, La Bonne chanson, (cycle de neuf mélodies dédié à Emma Bardac).   

Chez Théophile Gautier, nous retiendrons : Seule ! Chanson du pêcheur, Tristesse et chez Baudelaire : La rançon, Hymne, Spleen, L’idéal, Chant d'automne. Fauré s’inspire des parnassiens dont le Leconte de Lisle. Il met en musique cinq des Poèmes antiques qualifiés de mélodies des plus remarquables par Jean-Noël Pascal. Il révèle la sensualité cachée des poèmes : Lydia, La Rose, Nell (traduit de R. Burns, poète écossais), Les Roses d’Ispahan, Le Parfum impérissable.

Gabriel Fauré a une prédilection pour la veine amoureuse et lascive, mais avec Sully Prudhomme : Ici-bas, Au Bord de l’eau, Les Berceaux, l’inclinaison est plutôt mélancolique. Attiré par l’ambiguïté du poète, il emprunte onze textes à Armand Silvestre, parmi eux Notre Amour, Le plus doux chemin, Le Secret, L’Aurore.

Les nombreuses romances ou mélodies qu'il écrit sont à voix ou sans voix pour piano ou instruments (violon, violoncelle, clarinette, etc.). Après leur présentation, il les détruit le plus souvent, ne retenant que quelques mouvements dont il réutilise les motifs. En dépit de cela, on retrouve ses mélodies dans trois recueils édités par Jean Hamelle.

Plus d’une centaine de poèmes ont ainsi été ciselés par Fauré. Sa musique pour reprendre Jean-Noël Pascal permet de découvrir « des beautés que l’oreille poétique la plus exercée ne perçoit pas forcément ».

Le genre est épuisé lorsqu’il dira de ses mélodies « On les a beaucoup chantées. Pas assez pour qu’elles aient fait ma fortune, mais bien trop tout de même, puisque les confrères prétendirent qu’ayant si bien réussi dans le genre, je devais m’y consacrer pour la vie. » (Petit Parisien 1922). Le critique musical du Figaro qu’il a été (1903-1921) laisse voir qu’il est conscient de sa valeur ; l’année suivante un hommage national lui est rendu à la Sorbonne.

Retenons que Marcel Proust était un grand admirateur de son œuvre et que Vladimir Jankélévitch lui consacre plusieurs ouvrages : Gabriel Fauré et ses mélodies, Fauré et l’inexprimable, Le nocturne. Il va jusqu’à estimer qu’il est à l’origine de sa pensée philosophique. Michel Legrand disait avoir
« une passion pour Gabriel Fauré ».

Considéré comme un immense pédagogue, il se préoccupe uniquement de développer les qualités musicales de ses élèves qui leur sont propres. L’empreinte qu’il laisse derrière lui se retrouve même dans la langue avec l’adjectif « fauréen ». Non seulement sa musique de chambre est toujours jouée, mais le jazz et le rap en font des arrangements. Et ses mélodies, réduites un temps à des futilités de salons, sont à nouveau chantées lors de concerts ou font l’objet d’emprunts par des chanteurs de variété. 

 

Sources : Time & note, Gabriel Fauré ; France Musique,  Gabriel Fauré 10 petites choses que vous ne saviez peut-être pas sur le compositeur ; Joseph Ryelandt, Gabriel Fauré et l'évolution musicale, Bulletins de l'Académie Royale de Belgique, 1941 ;  Jean-Noël Pascal, Le Parnasse de Fauré ou la musique embellit, Presses universitaire de France ; Correspondance entre l’impressionnisme musical et le symbolisme littéraire, Open Edition Books

 

Gabriel Fauré a joué un rôle essentiel,
son influence a été considérable
dans la vie musicale du XXe

Gabriel Fauré
(12 mai 1845

4 novembre 1924)


Son répertoire embrasse tous les genres (orchestral, lyrique, musique de scène et religieuse) Le piano, reste son instrument favori. Il compose une œuvre subtile, parfois hermétique d'accès.

Jusqu'à la fin de sa vie, malgré sa surdité croissante, il composera. En 1913, la première de Pénélope au Théâtre des Champs-Élysées, triomphe, mais la faillite du théâtre met fin aux représentations. Son Quintette en ré mineur pour piano et cordes, n° 2 en ut mineur, op115, est créé avec grand succès le 21 mai 1921 à la Société nationale de musique. Et, deux mois avant sa mort, il compose son Quatuor à cordes opus 121. 

Il est considéré comme le plus grand représentant de la mélodie française et de la musique de chambre, qu’il a restauré avec César Franck.

               
         Regards croisés
        sur le compositeur

« La tonalité, les accords, les rythmes, les formes sont ceux que Gabriel Fauré a trouvés quand il a commencé de servir la musique ; entre ses mains, ces choses usuelles sont devenues précieuses ».

                                  Nadia Boulanger

 

« J'ai été immédiatement conquis par l'art de Gabriel Fauré dont j'ai été le disciple fervent. N'était-il pas la musique même ? J'ai entendu ses deux magnifiques quatuors pour piano et cordes, sa musique de Caligula et de Shylock, que l'on a joué à l'Odéon et, plus tard, sa belle partition de Pénélope, ainsi que sa musique de scène de Prométhée donnée aux arènes de Béziers. »

                                                                                                        Henri Büsser 
                      La Revue musicale, 1925

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« Le nom de Fauré a forcé les anthologies les plus fermées. Sa musique vivra longtemps pour l’enchantement de ceux qui cherchent dans l’art musical autre chose que de la surprise : une émotion humaine.»

                       Léo-Pol Morin, vers 1946
                     critique musical québécois

La Sicilienne, op 78 pour violoncelle et piano


La genèse de la Sicilienne est assez représentative du travail de composition de Gabriel Fauré. Avant d’être une œuvre à part entière. En 1893, il compose une musique de scène pour une commande restée inachevée du Bourgeois gentilhomme. Cinq après, il reprend, sa composition ternaire, pour la musique de scène de l'opéra de Claude Debussy Pelléas et Mélisande. La Sicilienne est jouée simultanément en France et en Angleterre. Pour la traduction anglaise, Gabriel Fauré confie l'orchestration de son morceau à son élève Charles Koechlin.  Il réalise sa Suite symphonique, op 80 en quatre mouvements, le 3e mouvement, La Sicilienne, sera exécuté en 1912.

Vu pour vous

Fauré Requiem
Production et coréalisation Orchestre de chambre de Paris – Philharmonie de Paris 

vendredi 5 avril 2024 – 20h00

 

Gabriel Fauré, l'éternel retour

France Culture
Podcast

Premier Quintette
Les Matins du National
d’Emmanuel Strosser 
Maison de la Radio et de la Musique - Studio 104

dimanche 16 juin - 11h00

Gabriel Fauré forever
Le Carmel à Pamiers
Entrée Libre - 05 61 60 93 60

Samedi 29 juin - 21h30

Au fil de la Forlane

Direction, Michel Bartenief
Conception & rédaction, Elisabeth Boucher

Prochain numéro
Sommaire
Le saviez-vous ? Portrait de  Nerissa Chen, Maurice  Duruflé : organiste et théoricien, Dates clés, Une oeuvre, Vu pour vous.